Quand l’élève découvre l’assemblée générale !

Hier j’étais redevenue formatrice.

Au programme : les assemblées générales.

Puis on a fait un exercice.

Ils ont créé leur syndicat des copropriétaires : la résidence LA ZOONE, leur règlement de copropriété et leur état descriptif de division, calculé leur budget en fonction de leurs équipements, … bref.

La résidence LA ZOONE est une copropriété bien sympathique avec tout ce qu’il faut : ascenseur, piscine et ainsi de suite. Sourire.

Elle a aussi un conseil syndical et … des copropriétaires qui ne sont pas au conseil syndical.

Je les observais pendant qu’ils préparaient leur assemblée générale. Ils étaient à fond dans leur rôle.

Le conseil syndical est allé questionner les autres pour connaître l’ordre du jour à communiquer au syndic.

C’était étonnant de voir les problématiques qu’ils avaient :

impayés, squatage du local vélos, stationnement intempestif, problème de bruit, souhait d’acheter la jouissance de la toiture terrasse, ascenseur qui ne fonctionne pas toujours, …

Le rez-de-chaussée qui souffre du bruit de la piscine essaye de convaincre le 1er étage de le soutenir puisqu’il a les même problème après tout, non ?

C’est étonnant de voir que même en simulation, les élèves avaient les mêmes réflexes que les copropriétaires.

Ensuite, on a créé la convocation.

Premier choc des élèves : l »heure de réunion.

« mais vos horaires de travail ? Ca fait quand même des longues journées, non ? »

Voilà … on est bien d’accord.

Puis ils ont tenu la réunion.

Réflexe classique : le président du conseil syndical (PCS) s’est auto désigné président du bureau. Le syndic a expliqué la différence entre les deux fonctions et finalement, personne ne voulant être président, c’est le président du conseil syndical qui a assuré la fonction. Comme dans la vraie vie finalement.

Arrive le moment du compte-rendu du conseil syndical : le PCS explique qu’il n’a pas vu les comptes malgré ses demandes. Bon … je n’ai pas soufflé le reproche mais c’est du vécu récurrent. Comme dans la vraie vie aussi, le syndic lui répond que les comptes sont à disposition et ainsi de suite ….

Le quitus est donné.

Les comptes sont finalement approuvés. Ils le sont à l’unanimité même si personne ne les a vus puisque les dépenses n’ont pas augmenté, ils décident de faire confiance au syndic.

Puis arrive l’approbation du contrat de syndic et, là, plus personne pour voter le contrat. Le syndic se défend en rappelant qu’ils ont donné le quitus et que cela n’est pas cohérent.

Discussion sur les honoraires.

Notre syndic a un contrat à 2000 euros. Il propose de passer à 2250 … heu … ramené en pourcentage … oui mais en tête de pipe … finalement il obtient à peine 20 euros.

Deuxième choc des élèves : mais vous faites un métier pénible et compliqué !

Pour le CS, les membres se représentent et sont élus puisque personne n’a envie d’en faire partie en réalité. Comme dans la vraie vie à nouveau.

Le budget n’intéresse personne.

On arrive aux points autres que les classiques :

– les impayés : ils expliquent à la copropriétaire qu’ils vont lui faire vendre son bien et que c’est comme ça, c’est le principe de la collectivité ! Ils ne vont pas payer pour elle.

Puis ils prennent conscience de sa situation difficile et là, c’est beaucoup plus compliqué. Je les vois qui se divisent.

On évacue les problèmes privatifs en expliquant aux copropriétaires qui les ont soulevés qu’il faut qu’ils se débrouillent !

On aborde la question de la terrasse. Ils négocient dur comme si leur vie en dépendait. Certains parlent des travaux de l’ascenseur à venir. La fumeuse de chicha qui se ballade sur le toit négocie son accord contre une servitude de passage et de fumage 1h par jour et ainsi de suite.

Mais ils se mettent d’accord et ils passent au vote. Celui qui était le plus acharné sur le prix vote contre finalement. Tous sont surpris et lui demandent pourquoi parce que ce n’est pas logique. Il répond que c’est sa liberté et qu’il fait ce qu’il veut même s’il s’est battu pour avoir un prix fort.

Bienvenue dans la vraie vie !!! sourire

Puis on arrive à l’ascenseur.

Le conseil syndical essaye d’expliquer l’importance d’avoir un ascenseur qui marche. La personne du 4ème a besoin de son ascenseur qui fonctionne et elle l’explique. Certains lui répondent que les travaux sont beaucoup trop chers, que cela fait du bien de faire du sport et qu’ils ne sont pas prêt à payer puis, que 4 étages, ce n’est rien en réalité.

Celle qui ne paye pas ses charges rappelle qu’elle ne peut pas supporter plus et puisque celle du 4ème a les moyens d’acheter une terrasse, elle n’a qu’à tout payer. Après tout l’ascenseur lui sert surtout à elle non ?!

On passe au vote. Les travaux sont adoptés de justesse et ouf !

S’en suit une discussion sur la réalisation des travaux, les dates, …

Et là, les élèves s’aperçoivent que les impératifs des uns ne sont pas ceux des autres et que cela peut amener à des situations difficiles.

Sans être de mauvaise foi, si Monsieur X ne peut pas payer, il ne peut juste pas.

Si Madame Y est handicapée et a besoin de l’ascenseur, il lui faut son ascenseur mais tant qu’il n’est pas financé les travaux sont difficilement commandables et comment faire dans ce cas ? Ils sont vraiment très chers mais la personne handicapée est bloquée chez elle … Bref.

Il n’y a pas de solution toujours possible pour concilier tous les intérêts et les intérêts de ceux qui ont le plus de tantièmes sont ceux qui priment. Le syndic fait au mieux.

La copropriété c’est un régime inhumain où les copropriétaires se retrouvent entassés dans une promiscuité parfois insupportable avec des gens qu’ils ne choisissent pas et qui n’ont pas les mêmes intérêts, les mêmes logiques qu’eux mais avec qui ils doivent s’entendre malgré tout.

Un élève souligne qu’en fait en copropriété, tu n’es propriétaire de rien, n’as le pouvoir pour rien. Tu te crois propriétaire et penses que tu as tous les droits alors que pas du tout. Tu es juste souvent impuissant et n’a le droit de rien faire de ce que tu veux dans les espaces communs et même sur ce qui t’appartient parfois.

Un autre élève a rebondi par cette réflexion :

– la copropriété en fait c’est profondément injuste. C’est la loi des plus forts tantièmes. Si on a pas beaucoup de tantièmes et pas d’alliés, on est obligé de subir et de payer. Ca ne sert à rien de venir en AG.

Un dernier a conclu la séance par ce point :

– Peut-être mais la copropriété ça fait vivre un cabinet. La vente ne rapporte que des revenus aléatoires. La gestion ce sont des revenus sûrs. Il faut en faire.

Bien sûr que j’ai répondu à chacune de leurs réflexions mais ce que j’ai répondu est sans importance même si cela a pu modifier leur perception ensuite. Ce qui est intéressant est la manière dont ils ont réagi et appréhendé le tout de manière instinctive.

J’avais surtout envie de mon finir le post sur ces conclusions-là et partager avec vous le fait que :

J’adore être formatrice et mes élèves. Je les trouve brillants.

Cet exercice m’a donné aussi beaucoup appris et amené une vision différente de mon quotidien professionnel.

J’aime encore plus mon métier de gestionnaire de copropriété ce matin.

#mefautuntriplecafé

 

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