Quand la copropriétaire se questionne !

Madame K., copropriétaire, débarque au bureau et m’explique que j’ai une mine superbe et qu’avoir été malade et arrêtée tout ce temps me va parfaitement au teint.
Elle ponctue tout son discours de « salerlipopette de sacré nom d’une pipe ».
Je veux bien croire que je suis magnifique mais ce n’est pas vraiment le cas. Je suis toujours épuisée et j’ai plus souvent l’impression de ressembler à un troupeau de buffles, écrasés par le soleil dans la savane, qu’à une biche pimpante.
Un compliment est malgré tout toujours bienvenu et donc je remercie chaleureusement en me demandant ce qui m’attend.
Je n’ai pas longtemps à patienter parce qu’elle poursuit en me demandant si je connais David et là s’en suit un échange dont je vous laisse juger du surréalisme.
– David ?
– Oui. David ! David Diop … enfin, celui qui a eu le prix Goncourt. Il n’est pas de votre famille ?
– Heu non …
Et comme elle semble, très déçue, je rajoute bien vite que la famille Diop est une grande et magnifique famille.
Alors, avec un sourire retrouvé, elle me tend un livre, LE livre, pour me le montrer. Elle l’a acheté en pensant à moi. Elle le trouve SEN SA TION NEL.

Mettez-vous un peu à sa place et comprenez que c’est sensationnel qu’un noir soit écrivain et obtienne un prix. Puis c’est un Diop éduqué … il est Maître de Conférence à Pau.
C’est un noir qui est quelqu’un quoi …

Je zappe le côté raciste et lui demande si elle l’a lu, ce qu’évidement elle n’a pas fait. Elle me l’avoue à contre-coeur en m’expliquant que malgré tout, David est
un futur Senghor.
C’est comme ça que j’ai découvert au détour d’une conversation que Madame K. est une découvreuse de talents à l’instinct. Elle est si douée qu’elle n’a pas besoin de lire un livre pour déterminer si l’auteur est bon. C’est bluffant, non ?!
Puis elle me l’offre avec l’idée, assez forte derrière ce cadeau, que je puisse lire enfin quelque chose de ma famille africaine.
J’arrive à remercier sans éclater de rire et à la pousser vers la sortie gentiment.
Cette copropriétaire, toute particulière qu’elle soit, me touche malgré tout beaucoup. Elle vient me voir à chaque document qu’elle reçoit et semble assez seule. Puis même si elle est maladroite, même profondément maladroite, son intention était de partager quelque chose avec moi, de me faire plaisir.
Je ferme la porte et une de mes gestionnaires m’explique qu’elle est déjà venue pendant mon absence pour me voir et là je comprends que certainement qu’elle avait déjà le livre dans son sac lors de sa dernière visite. Elle avait du tomber dessus en faisant ses courses et percuter d’un coup que mon nom était africain. Cela avait du la perturber au point qu’elle achète le livre et vienne avec au bureau pour me rencontrer non pas une fois mais deux fois.
D’ailleurs quand j’étais arrêtée, elle avait essayé de cuisiner mon équipe et leur avait demandé comment il se faisait que je sois blanche alors que mon nom était sénégalais. Un mariage ? non ? Mais alors quoi ? Allez donc savoir ! Il y a parfois de sacrés mystères.
#onnenousditpastout #mefautuntriplecafé
PS : ceci dit, j’ai fini le livre et il a effectivement tout d’un grand !
N’hésitez pas à le lire vous aussi. 😉

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